Thérapie

Magazine ça m'interesse Santé - trimestriel Septembre-Novembre 2021

par Juliette Serfati

La psychogénéalogie,
à quoi ça sert ?

Issue des études transgénérationnelles qui ont commencé au début du XXe siècle outre-Atlantique, cette méthode d'analyse attire de plus en plus de patients.

Aie, mes aïeux! C'est avec ce joli titre devenu célèbre que la psychologue Anne Ancelin Schützenberger a popularisé la psychogénéalogie dans les années 1980. «Ce n'est pas une discipline mais un outil », insiste sa disciple Évelyne Bissone Jeufroy, psychologue et autrice de L'Héritage invisible. Mais pourquoi se tourner vers cette analyse? Travail ler sur plusieurs générations permet d'identifier ce que nous avons hérité du passé et qui, parfois, nous rend malheureux. « C'est une méthode parmi d'autres dans le champ des thérapies brèves», estime Maureen Böigen, formatrice, qui met en corrélation le travail intrapsychique du patient (la personne dans ses représentations de son récit familial) avec des informations factuelles, vérifiables (noms, dates, lieux, etc.).

Bien choisir son thérapeute

Rien n'encadre la pratique de la psychogénéalogie à l’heure actuelle, ce qui explique qu’elle soit surveillée par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). N'importe qui, ou presque, peut se prétendre « psychogénéalogiste ». « Il faut donc se renseigner sur la formation du thérapeute », propose Maureen Böigen. Et même sur ses diplômes, de psychologue ou de psychiatre, insiste Sylvie Angel. Et se fier à sa réputation, de surcroît. Une thérapie dure en moyenne une dizaine de séances, de 1 h à 1 h 30 chacune, espacées d’une quinzaine de jours, mais ce cadre est bien évidemment à définir entre patient et thérapeute. Du côté des tarifs, il faut compter de 50 à 80 euros la séance. Comme toujours, fiez-vous à votre ressenti lors de la première rencontre, notamment. Et attention aux interprétations sauvages, ajoute Maureen Böigen, ou même à l'induction de faux souvenirs, comme des traumas incestueux, prévient Sylvie Angel. Enfin, sachez que beaucoup de psychologues et psychiatres utilisent l'analyse transgénérationnelle, dont est dérivée la psychogénéalogie.

BRISER LA CHAÎNE DU SILENCE

Pour démarrer, souligne la thérapeute, un prérequis : il faut arriver avec une question - pourquoi je ne parviens pas à avoir d'enfant? Pourquoi je vis des situations amoureuses compliquées? etc. La psychogénéalogie postule que les traumatismes subis par une génération affectent aussi les suivantes. Ainsi, ce qui est tu à la première, la deuxième le porte dans son corps ; les secrets impriment leur marque, pathologies physiques ou souffrances psychiques. Or le propre du secret de famille est de se répéter jusqu'à ce que, éventuellement, éclate la vérité, précise Évelyne Bissone Jeufroy: «C'est en étant conscient de tous les traumatismes que l'on arrête les répétitions. »

DÉVOILER LES FIDÉLITÉS INCONSCIENTES

«On peut, en tout cas, essayer de relier un mal être avec une situation familiale conflictuelle ou un secret de famille», propose Sylvie Angel, psychiatre et spécialiste en thérapie familiale, qui utilise parfois l'analyse transgénérationnelle, «comme un outil, pas comme une réponse absolue ». « Dans les familles, il existe des personnes ou des histoires qui sont souffrantes, inachevées, irrésolues, honteuses, traumatiques», reprend Maureen Böigen. Elles forment des "loyautés invisibles", théorisées par le psychiatre Ivan Boszormenyi-Nagy dans les années 1950, comme des dettes vis-à-vis de nos ancêtres. Les identifier nous permettrait, en quelque sorte, de les solder. A minima, les dévoiler apporte du sens, estime-t-elle. «À condition de savoir quoi en faire», estime Sylvie Angel.

Un outil pour y voir plus clair

Un genosociogramme, ou génogramme, est un arbre généalogique augmenté des traumatismes subis par tous les membres de la famille: maladies, deuils, IVG, fausses couches, conflits, et secrets, surtout, qu'une enquête préalable a permis de découvrir. Des carrés pour les garçons, des ronds pour les filles, du vert pour les liens positifs et du rouge pour ceux conflictuels... Ce système semble simple, mais c'est un précieux outil d'analyse transgénérationnelle emprunté aux généticiens et aux sociologues, précise la psychiatre Sylvie Angel qui l'utilise dans le cadre de thérapies familiales. Contrairement à la psychanalyse et sa parole libre qui permet de ne rien dire d'un grand-père emprisonné ou d'un frère décédé, le génogramme explicite l'histoire familiale et fait apparaître ses traumatismes. Mais prudence, recommande-t-elle, car au-delà de trois ou quatre générations, on risque de surinterpréter des corrélations...

NOUS RELIER

En séance, on recontextualise donc la place du/de la patient.e dans le système familial et on établit des liens avec ses membres, rendus visibles notamment grâce au génosociogramme (lire l'encadré cicontre). «Quelqu'un qui a un fort sentiment d'abandon et qui découvre que ses grandsparents ont été victimes d'un accident de voiture ayant laissé son propre père orphelin, c'est un point de départ», expose Sylvie Angel à titre d'exemple. Savoir comment les membres de sa famille sont décédés est en effet une clé essentielle, abonde Maureen Böigen. Qui cite le cas d'une patiente hospitalisée pour une septicémie à 36 ans. Celle-ci a découvert que son arrière-grand-mère, morte exactement à cet âge-là, n'avait pas survécu à son accouchement.

APAISER DES SOUFFRANCES

Se relier permet de se séparer de ce qui ne nous appartient pas, précise la psychologue. En faisant bouger le récit familial et les liens qui le tissent, la psychogénéalogie vise à transformer les loyautés invisibles parfois douloureuses en des liens positifs. Comme nombre de thérapies, elle peut aider à faire le tri et, dans le meilleur des cas, à alléger les souffrances en pensant et pansant les blessures familiales.


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