Connaître ses racines pour mieux vivre

Le Figaro - 22 novembre 2021

Par Ségolène Barbé

Le Figaro - 22 novembre 2021
Crédit illustration : Pinel

PSYCHOLOGIE - La généalogie passionne de plus en plus de Français. S’interroger sur son passé permet parfois de faire face à l’avenir plus sereinement.

Guadeloupéenne, Josée a commencé à s’intéresser à la généalogie à la cinquantaine, en tombant sur les actes notariés de son grand-père. Grâce aux archives départementales, elle a retrouvé la trace de ses ancêtres esclaves dont certains, des « nègres marrons », avaient fui dans les montagnes pour échapper à leur sort… « Les esclaves n’étaient pas tous soumis, beaucoup se sont battus, nous ont transmis leur force et leur courage. Aujourd’hui, je veux faire connaître leur histoire et honorer leur mémoire », explique-t-elle.

Comme Josée, de plus en plus de Français se passionnent pour les recherches généalogiques. Une manière, souvent, de faire la paix avec leur passé et de trouver une place dans leur histoire. Aujourd’hui, 70 % des Français se déclarent intéressés par leurs origines et leurs racines (« Les Français et la généalogie », sondage OpinionWay pour Filae, 2016). Boostée par les confinements, la généalogie est un loisir de plus en plus prisé : pionnier du secteur, le site geneanet.org recense plus de 4,5 millions de membres (dont 800 000 nouveaux en 2020). Remplir son arbre généalogique n'est plus réservé aux retraités mais séduit aussi de plus en plus de jeunes. Logiciels, sites internet et archives accessibles en ligne ont rendu la pratique beaucoup plus ludique, réveillant chez certains des talents d'enquêteur insoupçonnés. En retrouvant des membres de leur famille éparpillés un peu partout, certains organisent ainsi des « cousinades », pour faire vivre les liens familiaux qui leur ont peut-être manqué dans l'enfance.

C'est rassurant de se sentir le maillon d'une chaîne. C'est pourquoi il peut être si bénéfique de faire un arbre généalogique

Evelyne Bissone Jeufroy

« Une lumière nouvelle »

« Dans ce contexte de crise sanitaire, les jeunes s'interrogent sur leur avenir, sur le sens de leur vie... Pour parvenir à aller de l'avant, ils ont besoin de savoir d'où ils viennent, de quoi ils sont faits, assure le sociologue Serge Guérin. Lorsqu'il y a eu un déficit de transmission, les recherches généalogiques permettent d'aller chercher par soi-même cette histoire qui nous manque, d'être davantage acteur de sa vie. »

Face à l'éclatement géographique, à la complexité des familles recomposées ou à la solitude des grandes villes, nous avons plus que jamais besoin de racines et de solidité. « Nous n'avons jamais été aussi libres de devenir ce que nous voulons: c'est à la fois merveilleux et très insécurisant, résume la psychologue Évelyne Bissone Jeufroy, auteur de L'Héritage invisible. Secrets de famille, deuils inachevés, loyautés... (Larousse, 2021). C'est rassurant de se sentir le maillon d'une chaîne. C'est pourquoi il peut-être si bénéfique de faire un arbre généalogique avec un enfant, de lui donner tôt dans sa vie un sentiment d'appartenance. »

Mieux connaître les difficultés auxquelles se sont heurtés nos aïeux - guerres, conditions de vie difficiles - nous permet aussi de relativiser les nôtres, de mesurer le courage et les valeurs dont nous avons, peut-être, hérité. En thérapie familiale, travailler à partir de son arbre généalogique avec le génosociogramme (un arbre qui englobe les dates, les liens entre les membres de la famille et les faits importants de leur vie) aide souvent à trouver un fil conducteur à son histoire, à la regarder d'un oeil différent. « J'avaÎs un patient de 14 ans qui en voulait énonnément à son père de les avoir abandonnés, lui et sa mère, peu de temps après sa naissance, se souvient Évelyne Bissone Jeufroy. En travaillant sur son génosociogramme, il a compris que son père biologique et son grand-père avaient été eux-mêmes abandonnés par leur père, ce qui fortement diminué son hostilité. Celle exploration, qui ressemble parfois à un travail digne d'Agatha Christie, permet d'éclairer d'une lumière nouvelle nos choix de vie, de construire notre identité avec un peu plus de liberté et de guérir des blessures du passé. »

Quoique interdits en France, les tests ADN « récréatifs» (sans portée médiale ou scientifique) sont eux aussi en plein boom, permettant chaque année à près de 200 000 Français (Inserm, 2019) de se découvrir des origines géographiques insoupçonnées ou des cousins inconnus. Parfois, ils permettent aussi de combler un vide dans son histoire ou de lever un secret de famille qui empêchait d'avancer. Dans Le Syndrome du bâtard (Flammarion' 2021), Marie Lemeland raconte comment elle a pu se reconstruire grâce à un test ADN qui lui a apporté la confirmation de ce qu'elle pressentait depuis toujours: l'homme qui l'avait élevée n'était pas son géniteur. « Quand l'incertitude plane sur les origines biologiques, les fondements mêmes de sa propre existence vacillent. Ce test ADN a été un choc, mais aussi un soulagement. Une nouvelle donnée sur laquelle j'ai pu m'appuyer pour forger mon identité », assure la jeune femme qui a également retrouvé son père biologique grâce à Facebook. Chercher ses racines permet souvent d'ouvrir le dialogue avec sa famille... et parfois, même, d'en trouver de nouveaux membres.


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